Quel rôle joue l’Eglise dans la société ? par Jeffney FERDIN

Le rôle de l’Eglise dans la société ne cesse pas de faire couler beaucoup d’encres. Les théologiens, les savants et même les hommes de Dieu les plus spirituels n’arrivent pas à se prononcer « ex cathedra » sur cette question. Mais, peu importe la capacité du commun des mortels
de saisir complètement cette relation, l’Eglise et la société sont entremêlées dans une réalité très complexe. L’Eglise, se trouvant dans la société, doit faire face à la société comme la société, ayant l’Eglise en son sein, doit aussi faire face aux postulats de cette dernière. Donc, il s’avère nécessaire de se positionner sur le rôle que joue l’Eglise au sein de la société.
Les appellations de ses deux entités, étant des concepts, posent des problèmes de compréhension et demandent qu’une définition précise et limitée soit établie pour chacune. La société, ordinairement définit comme étant « la réunion d’hommes ayant une même origine et des
lois communes » (Larousse), est d’après Marcel Mauss un groupe d’homme permanent ayant des sous-groupes et de nombreuses générations vivant sur un territoire déterminé. (Mauss : 1969). La notion « église », de son côté, a beaucoup de définitions équivoques. Ici, celle de Jules Casseus est prise en compte. Pour lui, l’Eglise est, pas seulement les gens faisant partie des différentes assemblées chrétiennes à travers le monde, mais plutôt les gens qui font la volonté de Dieu : les gens qui sont membres du «ekklesia invibilis » -l’Eglise invisible, que seulement Dieu connait les embres (Casseus : 2005).
Partant de ces deux définitions, on se demande en quoi résume le rôle de l’Eglise dans la société ? Les théologiens, n’étant pas unanimes sur cette question, se campent au côté des deux approches les plus courantes.
La première approche préconise que l’Eglise détient un rôle très précis dans la société : celui de prêcher la bonne nouvelle pour sauver les gens de cette société aveugle et souffrante. Les tenants de cette position ne voient aucun rapport direct entre les deux structures. Donc, selon eux, l’Eglise doit éviter toutes choses ayant rapport avec ce monde. « Nous sommes de ce monde, »
répètent-ils constamment, « mais nous ne sommes pas du monde » (Jean 17 :16). Ils n’ont pas à se soucier des choses de ce monde, car leur demeure est là où est le Père. Pour eux, il n’y a qu’à faire ces deux choses : essayer de sauver les païens pour que ces derniers les accompagnent là où ils iront et partager l’instruction morale qui fait partie de l’éthique chrétienne.
D’un autre côté, une autre approche préconise que « l’Eglise est toujours appelée à sortir du monde pour être renvoyée dans le monde. » (Smith : 2010) Pour les tenants de cette approche, comme Jules Casseus et Fritz Fanon, l’Eglise doit s’intégrer dans tous les aspects de la vie sociale.
L’Eglise doit servir de sel et de lumière pour la société (Mt 5). L’Eglise ne doit pas se mettre à côté alors que la société continue à détériorer quotidiennement.
Etant membres de la société et/ou de l’Eglise, laquelle des deux approches devons-nous prôner ? Quel groupe prône la doctrine plausible sur le rôle de l’Eglise dans la société? Avant de pouvoir répondre à de telles questions, il faut se référer au prototype des Chrétiens, le Christ Lui même. Pendant son ministère terrestre, Jésus a fait une option préférentielle pour les pauvres, les opprimés, les malades, les affamés, les exploités. Sa parabole du « Bon Samaritain » montre qu’il encourage « l’humanitarisme » et le bien-être social ; il a élevé la voix contre les Scribes et les Pharisiens hypocrites qui faisaient semblant de servir Dieu mais qui opprimaient les faibles. » (Casseus : 2005).

Jésus s’est visiblement mis au côté de la société et à lutter pour l’amélioration de la société.
Compte tenu des actes posés par le Christ, le modèle par excellence de non seulement des Chrétiens mais aussi de tout homme sage, il est plausible de conclure que le rôle de l’Eglise vis-à-vis de la société est de se mettre au côté de la société. L’Eglise est appelée à transformer la société, à combattre pour la bonification de la société et à construire une société plus juste et plus morale.
L’Eglise n’est pas appelée à s’abstenir de tout comme si elle ne faisait pas partie de la structure sociale : une telle conception est idéaliste. Au contraire, l’Eglise doit faire partie des sous-groupes de la société combattant pour construire une société meilleure. « L’Eglise, au lieu d’être angélique, marginale, ou silencieuse, doit dire son mot devant les problèmes des classes sociales, les problèmes culturels, le sous-développement, l’injustice, l’impérialisme, l’oppression, la politique.
En un mot, elle doit s’adresser à toutes les réalités socio-culturelles qui constituent une menace pour la liberté et le bien-être de l’humanité et de la société en présence. » (Casseus : 2007).  Ceci fait, l’Eglise sera véritablement un agent de transformation dans la société et les païens verront les biens qu’ils font et glorifieront Dieu (Mt 5 :16).

Jeffney FERDIN, M.Div. M. Ed.

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