La musique et ses effets sur la jeunesse haïtienne! par LUCZAMA Statler

La musique est un art et une activité culturelle, consistant à combiner sons et silences de manière à plaire la société. En effet, la musique, en tant que pratique socio-culturelle, est utilisée d’une part, par les compositeurs et artistes qui font d’elle un outil de communication sociale, et d’autre part, par les consommateurs qui sont les principaux destinataires du message sensoriel à divers caractères qui y sont contenus. Ainsi devient-elle un facteur exogène (parmi tant d’autres) déterminant la conscience morale et l’agir de la société en générale, et en particulier les consommateurs qui sont majoritairement des jeunes.

Il convient, de ces points de vue, de questionner les rapports entre la musique et la jeunesse haïtienne afin de déterminer ses effets sur cette dernière. Pour ce faire, d’abord, il faudra analyser les messages véhiculés dans les musiques populaires, pour, ensuite, déterminer la manière d’être de leurs consommateurs, juste avant de définir le caractère constructif de certaines catégories de musique, dans le cadre social haïtien.

LE CONTENU DES MUSIQUES POPULAIRES.

Si l’on prend le temps d’écouter les musiques populaires de nos jours (à noter qu’on entend par musique populaire, celle appréciée grandement dans la société), on verra qu’il y a un très grand écart entre les messages véhiculés et la morale. En ce sens, la morale c’est ce qui ne dérange pas l’ordre et l’harmonie sociale.

En effet, on arrive à constater que la musique populaire, au lieu d’être porteuse d’harmonie et d’ordre dans le corps social, elle incite la jeunesse à la violence. À titre d’exemple, les morceaux comme “gangster pa janm kouri pou polis” de SAL et “nou ka popow” du même groupe rap; le dernier hit du rappeur Izolan, dans lequel on trouve ces messages violents:”nèg pa w yo gen zam men yo pa gen bal, nèg pa m yo san zam men yo kanibal”; et le succès de Roody Roodboy “blòk pam”, dans lequel on peut retenir l’une de ces citations violentes :” nou ka rache w ak manchèt fè w tounen griyo”…il ne manque pas de musiques très appréciées par la jeunesse, dont leur contenu incite des querelles entre les individus et divers groupes sociaux, même en pleine festivité comme les programmes de DJ.

De plus, les musiques populaires ne revêtent pas seulement des caractères violents, mais elles contribuent aussi au processus de dégradation ou de dévalorisation de la personne humaine, dont le sexe féminin est la principale victime. En ce sens, il suffit de prêter attention à certain “mix” (combinaison des musiques entre elles pour produire un style nouveau, un mélange) pour comprendre à quel point on a peu d’estime pour l’être humain. “Fè wana mâche”, parlant des rapports sexuels comme un exercice de galopade où l’homme est entrain de chevaucher la femme; il y a aussi, les expressions dégradantes de “Madan papa” qui s’entendent:”mwen manje ti fanm lan, pase kaka blòdè pa may”.
Ce sont-là, ces genres de musiques qui rentent aux oreilles et sortent à la bouche, religieusement, de nos jeunes (des plus petits aux plus grands).
De ce fait, quelles sont ses effets sur la conscience morale et l’agir des jeunes?

LES EFFETS DE CES HITS SUR LA MANIÈRE D’ÊTRE DES JEUNES

Il demeure un fait évident que les jeunes de nos jours s’écartent, de manière effrénée, de ce qu’on avait comme valeur morale à un certain moment de la durée. Ce grand changement social, ce détournement par rapport à l’ordre, est un phénomène social qui a scientifiquement ses explications. En effet, Karl Marx, d’un point de vue déterministe, nous laisse croire que notre conscience et notre comportement sont déterminés par des facteurs externes, parmi lesquels on peut oser compter la musique.
À cet effet, il y a un vieil adage qui postule : “dites quelle musique vous écoutez et on vous dira qui vous êtes”. Ce qui nous permet de dire que le contenu musical constitue aussi un vecteur pouvant déterminer notre façon d’être. À prouver, on constate que les jeunes qui nourrissent leur esprit d’une musique violente, sont majoritairement violents. Dans un premier temps, dans le souci d’être à la mode, ils cherchent à s’identifier à leurs artistes, en style ou en acte; ce qui donne lieu, ensuite, au fait qu’ils deviennent violents, car leurs artistes eux-mêmes sont violents.
À mesure de vouloir sembler à l’autre, on arrive à perdre tout ce qu’on a acquis comme valeur morale. Du coup, notre façon d’être se détériore au fur et à mesure.

En effet, c’est du “bòdègèt” partout, le “chawa” continue de “péter” dans les quartiers populaires, dans les moyens de transports terriens (motocyclettes, bus, camionnette), dans les bars au coin des rues, aux lieux de viol collectif, et même dans les institutions scolaires.
Néanmoins, il y a certaines musiques qui parviennent à maintenir leurs rôles constructeurs de la conscience morale et de l’agir de la jeunesse haïtienne.
LE CARACTÈRE CONSTRUCTIF DE CERTAINES CATÉGORIES DE MUSIQUE.

Au bon milieu du chaos musical, il est des musiques qui parviennent à s’émmerger de la mêlée, en assurant le rôle conservatoire de valeur et de bonnes moeurs dans la société. Ainsi, les artistes conséquents, au lieu de suivre la tendance, vont de préférence à l’encontre de ce détournement social. En effet, ils incitent plus d’un à prendre conscience de cet état macabre et dégradant dans lequel on se trouve, tant au sens individuel que collectif. Par exemple, Jean Jean Roosvelt et Belo se lancent dans ce grand mouvement de construction de l’être haïtien, à travers leurs morceaux musicaux. Au contraire de ceux qui prônent la violence, Belo nous dit de son côté que, pour avoir une meilleure société, “fòk lakou an trankil”. De là, il nous invite à l’unité, à déposer les armes. Il en est de même pour Roosevelt, dans sa partie intitulée ” Est-ce qu’on t’as jamais dit, nous rappelant que nous sommes du même sang, de ce fait, pourquoi nous battre entre nous”
En outre, ce ne sont pas de bons artistes qui manquent. Il y a K-libr qui nous incite à nous réveiller de notre léthargie socio-politique, économique et morale; on peut citer BIC, qui se fait un musicien sociologue qui décrit la réalité haïtienne, de même que Kébert Bastien.
Par conséquent, il n’y a pas que des musiques malsaines; il y en a qui sont constructives, et qui peuvent contribuer à un mieux être de la jeunesse haïtienne.
Pour conclure, l’essentiel que l’on doit retenir par rapport à ce phénomène, c’est que: dans un premier temps, la musique étant une activité socio-culturelle est un outil de communication, par lequel les artistes musiciens propagent leurs messages qui, par la suite, peuvent avoir des effets sur la manière d’être du comportement du consommateur. On a vu, en conséquence, que les musiques violentes et dévalorisantes déterminent la conscience morale de la majorité des jeunes d’aujourd’hui. Toutefois, il n’y a pas que ces musiques morbides, il y a des musiques qui peuvent construire (et reconstruire pour certains) un mieux être de la jeunesse. Tout est une question de choix.
Dans ce cas, tant que l’on arrive pas à mieux réglementer ce secteur, on assistera toujours à cette déchéance au point de vue éducationnel ou moral dans notre société, le “chawa” continuera de “péter”…

LUCZAMA Statler
Étudiant à la faculté de droit et des sciences économiques de l’UEH
Courriel: luczstadler96@gmail.com
Membre de LOIH

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