Démocratie et faible participation électorale : Quelle leçon faut-il en tirer ?

En 1987, selon l’esprit de la constitution fraîchement établie , Haïti devait commencer sa marche vers la démocratie. Parce qu’on voulait sortir du duvalierisme, on a voulu aussi forger un autre homme haïtien. Donc, il était fondamental, pour les législateurs de 1987, d’accorder des libertés , des prérogatives à l’être haïtien en vue de favoriser cet exorcisme du duvalierisme, qui devait aboutir à la démocratie . Cependant, de 1987 à nos jours , la démocratie haïtienne reste encore un projet mort né. Dans la mesure où, le processus de démocratisation était biaisé dès le départ et n’arrive pas à être matérialisé dans la glaise du réel. Le progrès du pays reste encore un vain mot, on continue à constater le théorisme d’ ÉTAT sur le corps civique haïtien , le pays vit encore dans la misère la plus outrée… Pourtant , cela n’empêche de prendre le vilain plaisir de dire que Haïti est un pays démocratique par le simple fait d’organiser des élections pour renouveller son personnel politique.
C’est vrai que les élections constituent la chéville ouvrière de toute démarche de démocratisation. Mais , qu’en est -il si ces élections ne sont pas libres, honnêtes, inclusives , participatives,
comme on aime le répéter?
Sortir du duvalierisme pour déboucher sur la démocratie ne pourrait être une réalité sans courir le risques de longues années de turbulences. Pour cela, le rôle de l’élite politique du pays est fondamental. Car , c’est à elle que revient la prérogative de répondre, de manière éclairée, sur les grandes exigences auxquelles faisait, fait face le pays. Cependant,on constate que , depuis la marche du pays vers la démocratie, jamais cette élite n’a joué ce grand rôle qu’elle doit jouer pour orienter et favoriser le changement social.
Cela va de soi. Quand l’élite politique a failli à sa mission, le reste du peuple est livré à lui-même. Ce qui donne aujourd’hui un pays où on n’a aucun respect pour les acteurs politiques. Du même coup, on constate la désaffectation civique du peuple dans les élections.
Cette désaffectation s’accentue de jour en jour. En 1988, les élections ont porté Leslie François Manigat à la magistrature suprême de l’État, selon les chiffres disponibles, avec 54 pourcent , mais en réalité son score était inférieur à 12 pourcent de l’électorat. Le même cas de figure se répète avec René Garcia Préval en 1995. En réalité, René Préval a totalité un score de 52,10% . Pourtant, il a totalisé 8% par rapport à l’électorat. En 2001, Jean Bertrand Aristide a récolté 67% mais 29 % par rapport à l’electorat. En 2006, Préval a eu 51, 10 pourcent des votes exprimés mais 29 pourcent par rapport à l’électorat. En 2010, avec un score de 716 986 voix, Michel Martelly pouvait être élu sur une population électorale estimée à plus de 3.000.0000 d’électeurs. Pour finir, Jovenel Moise vient d’être élu président avec une participation de 21%
pourcent de l’électorat. Quelle leçon peut-on en tirer ?
La faible participation des gens dans les élections est-elle t- elle liée à une absence de campagne de sensibilisation? Ou de la faiblesse de l’offre politique?
Pour que la démocratie soit véritable dans le pays, il faut que les acteurs inspirent confiance en prenant des décisions sérieuses en vue d’améliorer les sorts du peuple. Ce qui permettra aux citoyens de témoigner leur conscience civique de voter en guise de leur participation au processus électoral. S’ils ne vont pas voter, c’est qu’ils ont le ras le bol du système politique, lequel n’a cessé d’être improductif. Et pour favoriser la démocratie dans le pays, la légitimité des élus est fondamental.Car elle peut favoriser un climat politique tempéré pouvant permette la réalisation sans équivoque des projets qui pourront atténuer les sorts de la population souffrante…

Ceux qui boudent les élections ont aussi des revendications à faire passer. Il n’y a pas de démocratie sans des revendications. Il faut alors penser au refus de ces gens. Sans quoi, il n’ y a à espérer aucune forme de démocratie dans le pays.

James Marc Donald ORPHÉE

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