Y a-t-il de vrais patriotes en Haïti? Par Charlotin Roodelin

La Constitution de la République d’Haïti du 29 mars 1987, amendée le 9 mai 2011, en ces articles 11,16, 52, précise fermement de quelle manière avoir la nationalité haïtienne. On peut bien comprendre, de là, la qualité de citoyen et le devoir civique qui s’y attache. Donc, l’étroite relation qui existe entre citoyenneté et nationalité, c’est à mettre en exergue… signifiant le statut juridique d’un individu rattaché à un pays donné, la nationalité subit parfois des contresens. Peine est de constater les déclarations de nos compatriotes haïtiens : «Mwen renmen Ayiti, men mwen pa patriyot;
M pa nan mouri pou la patri».
En fait, ces déclarations vergogneuses prouvent leur ingratitude envers ce coin de vie, lequel qui leur a offert l’hospitalité et aussi à leurs parents, depuis des décennies.

On se demande quelle société et quels citoyens formons-nous? Où sont passés nos François Makandal, Charlemagne Péralte, Jean-Jacques Dessalines, Toussaint Louverture, Capois La mort? L’éducation haïtienne developpe-t-elle vraiment chez les jeunes le sens patriotique, le respect des lois et des traditions? Le sens du nationalisme et du patriotisme développé par l’éducation haïtienne, actuellement, est-il le vrai?

À proprement parler, le nationalisme se définit comme étant une doctrine qui porte un individu à aimer, défendre et valoriser la nation à laquelle il appartient et à respecter ses symboles, particulièrement le drapeau. Il s’appuie aussi sur l’unité historique, culturelle, linguistique de la population; il est formé sur le droit d”autodetermination des peuples. Cette définition nous interpelle, dans la mesure où l’on se demande de quelle qualité est notre société.

D’un point de vue sociologique, selon l’approche de Durkheim, c’est la société qui façonne l’individu. Elle, étant la gardienne des valeurs, principes qui se transmettent de génération en génération, donne à l’individu une forme de conscience qui lui permet de fonctionner selon les règles régissant son comportement et celui de ses semblables. À vrai dire, c’est le déterminisme social, ce courant prônant la primauté du tout sur les parties; le tout c’est la société avec tout son système de valeurs et de croyances. Les individus ne font que reproduire la société dans leurs manières d’agir, de penser. Or, on constate chez nos concitoyens cette haine de la nation, ce mépris envers le bicolore national; la montée du drapeau pour certains est une rude besogne. Nous sommes devenus jaloux, égoïstes et hypocrites. Le malheur de l’autre nous réjouit. On fait tout pour satisfaire nos plus basses envies, car c’est l’individualisme qui prime. Le désir du bien-être économique, le besoin de pouvoir et d’écraser l’autre, c’est tout ce qui nous anime. Nous sommes devenus “haïtianicides”.

Sur le plan culturel, on ne reconnait plus nos moeurs, nos goûts, nos traditions qui sont l’héritage de nos ascendants puisqu’ils sont en pleine décrépitude. Aussi, nous nous acculturons pour être à la mode. Un Pétionvillois s’habille comme s’il était originaire d’Hollywood. Nous nous habillons plus pour nous reconnaître, mais pour nous distinguer. Et l’un des caractères de la mode, c’est sa domination. Donc, nous ne sommes plus libre de nous habiller comme il nous plait; car nous ne pouvons nous montrer sans être jugés. Il faut être à la mode et porter l”original (fow pa mete fek). C’est ce que Durkheim appelle : “Opinione regina del mundo” : C’est l’opinion qui régit le monde.

Un second caractère de la mode est son uniformité. Il faut faire comme tout le monde. Il ne faut pas se faire remarquer, car se faire remarquer, c’est être un original, être un isolé. Et ce que cette société haïtienne ne pardonne pas, c’est tout acte par lequel un de ses membres se sépare d’elle. Il ne faut pas être original, mais il faut porter l’original.

À la vérité, nous avons developpé une forme de patriotisme malhonnête. Quand serons-nous finalement fiers d’être haïtiens?

Une tendance s’est accrue sur les réseaux sociaux consistant a liker, poster, prouver notre nationalisme quand ça nous arrange bien! C’est ce que j’appelle le patriotisme virtuel. Trop de jeunes et d’adultes se disent fiers d’être haïtiens uniquement quand l”équipe nationale ou même des footballeurs compatriotes ont remporté une victoire dans une équipe étrangère.

Nous avons tous été “Jean Jean Rossevelt” quand il fût nommé Ambassadeur de la francophonie en 2012, de Skall Labissière quand il a été choisi par l’équipe de Sacramento Kings au cours du traditionnel Draft de la NBA en 2016.
Récemment, nous étions tous Raquel Pelissier, ce 30 janvier 2017, quand elle fût élue première dauphine à Miss Univers 2017. Mais, combien d’entre nous supportaient auparavant les éclats de leurs talents? .

Certains ne connaissent l’existence des valeureux que lorsque leurs talents sont révélés; ce qui prouve que leur nationalisme est faux. Ils croient aimer le pays alors qu’ils n’aiment que le sentiment de fierté que leur apportent ces victoires nationales. Jean Pierre Chevenement eut à dire : «La réussite individuelle et la réussite nationale sont inséparables ». Ils sont tous confortés dans ce comportement parce qu’il ressemble au plus grand nombre.

En effet, nous devons nous regarder et poser les problèmes à la base.
Nous avons cette lourde tâche de construire une seule et grande nation aux objectifs communs, aux mêmes défis. Nous devons conjuguer nos forces, faiblesses pour constuire une nouvelle Haïti.

Charlotin Roodelin
Étudiant en sces Po et juridiques

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