Groupe “Règleman Afè Popilè” : l’étoile de la révolte

Très connu dans le milieu universitaire et culturel haïtien, le groupe « RÈGLEMAN AFÈ POPILè» est devenu en 4 ans l’un des plus grands groupes de rap engagé de notre génération. Ainsi faisons le récit d’une incroyable soirée, à l’heure où la bande musicale prépare son premier album.

Le Mardi 7 février 2017, alors que le président s’apprête à prendre les rennes du pouvoir, Règleman Afè Popilè (R.A.P.) a aménagé une scène à la Faculté des Sciences Humaines ( FASCH). Avec un programme riche en animation, la première partie fut une conférence avec deux professeurs de l’Université d’Etat d’Haiti ( UEH), Georges Eddy Lucien et Jean Casimir qui ont justement intervenu sur le thème « Tranzisyon demokratik an ayiti, trant lane apre ».
En outre, pour la deuxième partie, consacrée aux performances artistiques, l’endroit qui, à première vue, possède autant de charme que de mutinerie, allait très vite se transformer en une bonbonne surchauffée et un spectacle de java d’où la piste de danse devient un sauna. Un lieu, fréquenté par un public majoritairement jeune et avide de nouveaux ” Flows”.

Quand l’artiste KEB a commencé à chanter et à jouer à sa guitare accompagnée du tambour de Cisco, on a compris tout de suite qu’il est hors concours, qu’il se fiche d’être dans la tendance ou de plaire à quiconque. Cela vient de ses allures de gauche et de son incorrigible romantisme. Ses ritournelles qui célèbrent l’union d’un engagement et d’une mélodie révolutionnaire cherchaient davantage à faire vibrer les cœurs et à faire suer les danseurs. Engagé jusqu’aux dents, KEB, dans ses différents couplets, n’a cessé de faire valoir ses revendications qui pour lui est primordial tant que le pays est en face de transition.

Ensuite, un peu divergent par rapport aux positions des autres, elle arrive tout feu toute flamme comme pour nous rappeler que l’investiture est loin de terminer; Farah Joseph, une jeune artiste qui par son artisanat musical réussi quand même à découvrir le produit qui pendant les cinq minutes que durent sa prestation enlève la foule pour le porter aux années 80 aux cotés de Lumane Casimir avec « papa gede bel gason ». Bien qu’elle arrive à faire danser la foule, il parait evident que ses préoccupations restent différentes à celles des organisateurs de l’activité.
Malgré la nuit qui s’annonce, la cours de la FASCH était remplie comme un œuf, les rappeurs du groupe du moment et leur lead vocal ( Vanessa Jeudi ) tous vertus d’un maillot blanc avec l’insigne du groupe, un poing levé dans le dos et le numéro 19 pour nous rappeler les 19 étudiants arbitrairement expulsés de l’UEH dans le cadre de la lutte pour la réforme de l’Université d’Etat, dont 3 d’entre eux sont des rappeurs de R.A.P. Ils sont prêts pour une performance exceptionnelle. Malgré les disfonctionnements des appareils de sonorisation, et le manque d’habileté de l’ingénieur, ils ont trouvé la recette qui tue : un savoureux mélange de la réalité, de poésie, et de beat pour soulever la conscience humaine, pour lancer des messages aux adhérants et pour faire passer leurs revendications. Selon les douces lois du genre, les guitares et les tambours d’ici syncopent leurs soupirs, leurs plaintes, mélangeant leurs frustrations à leurs conditions académiques et surtout à la situation politique actuelle, ils donnent cours à leurs pulsions boulimiques pour crier haut et fort leurs mépris à cette démocratie déguisée depuis déjà trente ans. L’air de rien, pourtant fragile et fort, la musique populaire est hymne a la révolte.
Derrière les replis de l’écriture et dans l’ombre des arrangements des différents couplets : Tranzisyon, pwezisyon, sstop, mwen rap (rap sa pa tann) 6e E, lavi( une adaptation d’un texte de keb), Règleman Afè Popilè, titre éponyme du groupe . » Ce soir là, c’est tout un rémue-meninge qui parfois imperceptible, tout un désordre intime qui se trame et vient finalement perler la surface d’un soir d’investiture. Classique et pourtant imprévisible, cette soirée a double fond redéfinit les objectifs des luttes estudiantines pour de meilleures conditions d’étude et remet en question le système politique actuel. R.A.P est un groupe composé de : Ardy, Andy, Lymozart, Schill et celle qui nous rappelle Nina Simon, par sa façon de chanter, Vanessa Jeudi. Le groupe produit un ” rap Bosal” une manière à eux de dire que leurs textes sont destinées a frapper en plein fouet tous ceux, se moquant de la classe méprisée qui depuis toujours est exploitée . En se basant sur un repère chronologique bien définis, allant de 1492 (la soi disant civilisation) passant de 1503(la traite des esclaves), de 1791(la révolte) jusqu’à aujourd’hui ces jeunes étudiants pratiquent une musique qui dans ses intentions est magnifiquement impure que dans ses expressions.
Mariah C. Sheba Baptiste

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