Le Carnaval en Haïti : Quelles retombées positives? Buder BRILLANT

D’origine latine « Cane Vale » qui signifie « adieu à la chair », le carnaval est l’une des manifestations culturelles les plus attendues en Haïti. D’un espace de trois jours de liesse, allant du dimanche au mardi, des bandes nommées « rara » viennent d’horizons divers. Les groupes musicaux s’offrent au plaisir des carnavaliers qui, parfois sont pris dans les filets de l’ambiance, deviennent insatiables au point de vouloir une prolongation des parcours carnavalesques.

La descente du haut du Pétion ville à la contrée du bas de champs-de-mars ouvre la voie à la cohabitation, bien sûr éphémère, de toutes les couches sociales; pauvres et les moins pauvres, mulâtres et les noirs, intellectuels et les illettrés. Autre qu’une belle rencontre entre le Brésil et Haïti au stade Sylvio Cator, le carnaval est le seul espace événementiel capable d’une proximité entre un élément de la classe défavorisée et l’un de la classe aisée. À ce moment, on a comme l’impression d’une réelle conciliation nationale. Et c’est le mieux que puisse le carnaval pour ce petit joyau historique et culturel qu’est Haïti.

Il y a des lustres, nous faisons de notre pays l’adepte fidèle de la culture du provisoire et du conjoncturel. Notre conseil électoral est provisoire, nos plans de sauvetage en cas de catastrophe naturelle sont occasionnels, nos partis politiques sont conjoncturels, et enfin il est de coutume que notre carnaval national soit organisé par improvisation. Pis, l’absence de planification préalable et sur le long terme de l’organisation du carnaval en Haïti amoindrit les retombées économiques qu’importe cet événement culturel de grande portée, fait-on le constat. « Les festivités carnavalesques ne sont en aucun cas négociables dans la société Haïtienne », tel que disait une digne maire de Port-au-Prince.

Cependant le pays, que peut-il en tirer ? Si pour certains le carnaval traduit la joie, le plaisir, la danse et les couleurs, la violence, et le défouloir par lequel on se libère du stress quotidien en si peu de temps, pour d’autres il n’en demeure pas moins qu’il soit un moyen de gagner leur croûte. Malgré la dimension symbolique de générateur de revenu que représente le carnaval en Haïti, cet événement peine d’être structuré par les autorités compétentes. Des centaines de millions de gourdes se volatilisent en guise d’allocation aux festivités chaque année.

Qu’il s’agit de carnaval en Haïti, il est question de dépense, non pas d’investissement. Cependant, à l’instar des carnavals martiniquais, guyanais, brésilien, et guadeloupéen; Haïti est d’une potentielle d’attraction en matière carnavalesque. La diversité notre culture et de nos sites touristiques, la splendeur de de nos plages et nos rives, la naturalité de notre cuisine, l’authenticité de notre glorieux passé sont autant d’intrants sur lesquels le pays pourrait miser pour pouvoir transformer en investissement les dépenses liées au carnaval; ce que Davide Ricardo appelle en économie internationale « Avantage comparatif » Ne serait-ce que par l’institutionnalisation de l’industrie carnavalesque, le carnaval haïtien ne saura estimer à juste valeur, et ce sera du « perdu d’avance ».

Mais, de quelle institutionnalisation parle-t-on ? L’institutionnalisation du carnaval en Haïti se réfère à : – L’instauration d’un comité national et permanent d’organisation des festivités carnavalesques ; – La planification préalable d’un programme carnavalesque pour une durée de trois (3) ans minimum; – La mise en œuvre d’un partenariat public-privé pour l’élaboration d’un budget permettant de standardiser le carnaval haïtien; – La mise en œuvre d’une action concertée entre les deux ministères clés de la question (ministère de la culture et ministère du tourisme) Alors que nous parlons d’institutionnalisation du carnaval, par conséquent sa promotion en tant que produit à standard international surgit tout à coup.

Dans ce cas, il va falloir revitaliser les missions diplomatiques d’Haïti dans l’exercice de leur rôle de promotion des valeurs culturelles haïtiennes en vue d’inciter la participation des étrangers dans le carnaval en Haïti. Ainsi, serait-il possible que l’économie haïtienne soit bénéficiaire de la circulation des devises étrangères à partir des dépenses des étrangers-consommateurs du produit « carnaval haïtien », ce qui pourrait générer aux petites et moyennes entreprises une certaine plus-value pour ne pas dire une plus-value certaine.

Buder BRILLANT
Diplomatie et Relations Internationales Sciences Juridiques LOIH

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *