Sexy Pentad : Bonne inspiration dans une mauvaise enveloppe de Don Kato!

par Kensley Brutus

Il n’est pas donné à monsieur tout le monde ni madame la foule l’inspiration bonifiée  de la muse dit-on. Don Kato, de son vrai nom Antonio Cherami, le principal chanteur du groupe Brothers Posse, fait partie du monde merveilleux qu’est celui des chansonniers, poètes et compositeurs. Il a pour ainsi dire la bénédiction des muses haïtiennes.

En ce sens, il devient par là un leader tout au moins pour ces frères « Rastas » qu’il n’entend pas oublier même dans une de ses principales chansons. Sa dernière est une meringue carnavalesque où il prétend sonner l’alarme de ses frustrations politiques. A ne pas oublier qu’il est aussi un politique.
Cette année la muse lui a permis d’accoucher un morceau avec un titre qui a fait, à un certain niveau, la une de quelques medias du pays. Un titre, dirait-on, provocateur, qui dérange quelques-uns pour arranger quelques d’autres dans les parages mêmes de la vie politique. Quel est donc ce titre ?




*Sexy Pentad* ! A la seule lecture du titre nous avons le plein droit de nous demander si c’est adressé à un public créolophone. Les initiales en majuscule feraient penser inévitablement à l’anglais. Ce qui nous amène encore plus à dire que ce titre, si nous le considérons sur le plan linguistique, a un manque au niveau de sa structure.
La dimension de création que nous reconnaissons de Don Kato peut grandement nous en témoigner puisque sa tendance musicale est d’origine anglophone ce qui justifie donc un penchant naturel pour les expressions anglaises (Yon prezidan k ap fè style, first time – premye fwa…). C’est en ce sens que le titre devient embarrassant à un niveau tel que l’auteur était obligé d’aller, sur les ondes, s’expliquer sur son œuvre. Ce n’est donc pas une stratégie facile pour les auteurs. En d’autres termes, il est beaucoup plus important quand il revient aux récepteurs de se construire tous seuls une idée de ce que l’œuvre représente comme message.
Dans ce cas, la situation serait que tout le monde semble se converger vers l’idée que l’artiste voudrait ironiser le Président fraichement élu pour son physique qui parait frêle pour citer certains. « Ce n’est jamais ce qui m’intéresse chez quelqu’un », répliquait l’auteur de « Sexy Pentad » au micro de JuniorRigolo, un de ses collaborateurs semble-t-il. D’après ce qu’a dit Don Kato en termes d’éclaircissement, nous pouvons bien nous faire l’idée que cette meringue est une façon à lui de s’attaquer uniquement au comportement politique de sa cible.
A cet effet, l’idée de « Pentad » dans le génie linguistique du créole permettrait vraiment à l’artiste de dénoncer la quelconque attitude de fuite de M. Moïse par rapport à ce qu’il a comme charge par-devant la justice haïtienne. Mais, un « on ne sait d’où » vient l’idée de montrer une dynamique discriminatoire de l’artiste dans sa façon de présenter sa lecture du physique de l’actuel Président du pays en l’occurrence de S.E.M. Jovenel Moïse avec son terme Sexy en créole qui peut être dans quelque contexte très inconvenable, dans un discours politique par exemple.




Cela devient plus grave quand nous savons que plusieurs de nos ex-candidats à la présidence avaient comme élément de campagne cette question de ressemblance physique avec la majorité de la population d’où un cas typique, M. Jovenel Moïse.
C’est alors qu’une propagande tactique, (celle qui consiste à lancer sciemment une fausse information, ou à dénoncer comme fausse une information qui circule dans la société, afin que l’opinion publique juge les évènements d’une certaine façon ou qu’elle agisse dans une certaine direction.), a dû être utilisée contre le discours de Don Kato puisque le public à côtoyer demeure un pour tous et plus unique encore dans les moments sensibles de la vie nationale tels que les périodes carnavalesques.
 Pour revenir à la considération linguistique de la question, si nous pouvons nous fier aux seules  déclarations de l’artiste en ce que son texte est une preuve d’attachement à l’idéologie de la lutte qu’il mène, il reviendrait à dire que le manque est seulement dans la structure, c’est-à-dire ce n’est que la forme de l’expression « Sexy Pentad » qui n’était pas mise au point.
 Tout cela s’expliquerait par rapport à la structure profonde anglaise de l’imagination de l’auteur au moment de son inspiration. C’est comme si l’auteur voulait dire *Bèl Pentad*, (il n’y aurait à cela presque point de dérangement possible dans le sens que les détracteurs de la chanson le prouvent), et ce qu’il a écrit en réalité c’est Pentad san vyann, *Pentad zo*… En ce sens, l’auteur, en passant de la structure profonde à la structure de surface, a fait une faute de traduction en sortant de l’anglais pour aller en créole avec le mot Sexy qui ne veut pas dire ni “bèl” ni “atiran” dans la langue maternelle de la majorité des Haïtiens. L’équivalent créole du mot n’est que « mens » et à la rigueur cela signifierait même « mèg ».
En clair, l’artiste semble n’a
pas su atterrir avec une nomination simple et claire de son inspiration cette année à cause d’un faux-ami total « Sexy ».
Les questions à nous poser conséquemment deviennent multiples. Nous comprenons bien que les locuteurs peuvent être influencés par leurs langues d’activités, mais est-ce que l’anglais serait bien une des langues du quotidien de l’auteur ? La maitrise de la langue de sa production est la principale force d’un auteur, comment est ce possible que Don Kato n’a pas pu s’éviter de telles erreurs ? Si l’Etat haïtien mettait à sa disposition de l’argent afin qu’il donne à des scientifiques, un linguiste par exemple, l’examination de ses textes, est-ce qu’il disposerait à le faire ? Quel attachement possible réclamer de son pays si on nie expressément la dimension discursive de ses langues officielles ? Et pour finir avec ces interrogations, après tout son temps d’absence sur le parcours carnavalesque, qu’en serait il de l’accueil, du Champ-de-Mars tout au moins, si Don Kato intitulait sa meringue carnavalesque « Bèl ti pentad » ou « Pentad mawon » tout court?
Port-au-Prince, le 06-03-2017
*Kensley Brutus*, Linguiste, Etudiant en droit à la FDSE, UEH

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