7 ans après le séisme du 12 janvier, des gens encore sous des tentes!

Par Kensy Bien-Aimé

Au lendemain du séisme, un phénomène nouveau émerge dans le tissu urbain haïtien : les camps des déplacés. Ils s’installent et se développent comme une nouvelle forme de la morphologie urbaine. Les places publiques, les écoles, les espaces interstitiels sont investis et réaménagés. Les camps des déplacés du séisme du 12 janvier viennent renforcer la dynamique d’étalement que connait la capitale du pays. Cette dernière était déjà en crise avant la catastrophe : périurbanisation et densification. Les premiers camps de déplacés comme Canaan et Céleste ont constitué à eux seuls 13% de la ville initiale.




Ce nouvel étalement entraîne de nouveaux problèmes environnementaux, économiques et sociaux va conduire à la prolifération de l’habitat informel. Sur le territoire périurbain de la capitale, s’affiche une nouvelle socio-spécialité entre les populations initiales et les populations déplacées, fondamentalement pauvres et assimilées à des réfugiés. Alors que des promesses ont été faites par la communauté internationale après le tremblement de terre ainsi que des offres du secteur privé, ceux-ci tardent à s’affirmer face à l’extension humanitaire dans la gestion du logement pendant que les propositions de l’État haïtien en guise de relocalisation de subvention du logement sont très limitées, des gens vivent encore sous des tentes. Déjà sept ans, on constate l’existence de plusieurs camps d’hébergement dans l’Aire Métropolitaine de Port-au-Prince.

Vivant sur un site d’hébergement, leur présence sur ce lieu témoigne de l’absence de la politique sociale de logement de l’État haïtien ainsi que l’aide des institutions de bienfaisance privées. Ainsi, ils vivent sous des tentes usées et incommodes, où souvent règne la promiscuité-ces personnes ne sont pas protégées contre la pluie. Leurs souffrances sont loin d’être atténuées. Ces dernières font face à des problèmes très graves qui méritent des interventions urgentes. Comme toute communauté humaine, n’ont-ils pas droit à une série de services sociaux de base? Ainsi, de façon globale, on peut parler de situation de misère dégradante qui empêche aux sinistrés de vivre pleinement leur dignité.

À cela, on peut constater le manque de responsabilité de l’État haïtien. Ce dernier n’a pas donné le ton. Les gens vivant dans les camps d’hébergement, plus précisément ceux vivant sur le camp de Delmas 33 sont abandonnés à leur sort puisque l’absence, l’indifférence de l’État haïtien à leurs égards, s’identifie même à travers les besoins de base : la santé, un logement décent, la sécurité, emploi, éducation, justice etc. Ce qui pousse Suzy Castor (2011)à dire que l’État haïtien est inexistant ou absent. Son existence crée un État par défaut qui se fait remarquer par la dispensation de l’aide internationale à Haïti. C’est un constat! Certains objectifs et politiques qui relèvent de l’activité étatique sont mis en place par l’action ou l’intervention étrangère. Cette dernière, nous pouvons dire, remplit le vide d’État en contribuant à la reproduction sociale.




Tout ceci prouve que l’État haïtien n’assume pas ses responsabilités dans la gestion de la chose publique. Cet État est incapable de gérer des crises et de trouver des solutions appropriées aux problèmes du pays. Il est incapable de prendre certaines décisions et de répondre aux demandes sociales de ses citoyens. Il cède sa place aux ONGs, à la communauté internationale et aux experts étrangers pour assurer l’ordre et prendre des décisions. Son absence soulève la question de la souveraineté, de la gouvernance et la compétence des dirigeants.

Kensy Bien-Aimé, Memorand en Travail Social (Extrait)

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *