Haïti : pays christianisé, mais non-évangélisé ! par Jeffney Ferdin

Haïti :  pays christianisé, mais non-évangélisé ! Par Jeffney Ferdin, M. Div. & M. Ed. (Candidat)
Dès la découverte simulée de l’Amérique par les Espagnols odieux en 1492, les autochtones d’Hispaniola ont entré en contact avec l’idéologie chrétienne européenne. Les Européens furent non seulement des explorateurs mais, plus particulièrement, des chrétiens (Edner Jeanty : Le Christianisme en Haïti. P. 12), car toute personne née en Europe avant la Réforme protestante (1517) était née chrétienne. Ces
explorateurs nés chrétiens vouaient de propager le Christianisme partout où ils s’installaient. Mais, cette propagation du christianisme par les citoyens de la chrétienté ne fut qu’une propagation masquée de l’idéologie et de la civilisation européennes : cela n’avait rien à voir avec le message de l’Evangile proclamé par notre Sauveur Jésus Christ. Cette situation de christianiser et non d’évangéliser reste et demeure inchangée jusqu’à présent.




 Conséquemment, Haïti est aujourd’hui hautement christianisée, certes, mais loin d’être évangélisée.
En 1492, exactement vingt-cinq ans avant la Réforme protestante popularisée par Martin Luther, qui a bouleversée l’Europe et ébranlée les racines de la théologie universelle, dite catholique, Christophe Colomb débarqua sur notre bout de terre. Dès son deuxième voyage, il retourna avec trois prêtres dont deux franciscains (Jules Casseus. L’Eglise Aujourd’hui, Ici et Maintenant. P. 95). Pourquoi Colomb était-il venu avec ses prêtres ? Était-ce pour évangéliser les habitants de l’île ? Point besoin de répondre à une question rhétorique. Christophe Colomb était revenu sur l’île avec des agents de l’Eglise parce que les missions des explorateurs chrétiens et civilisés étaient à double volet.
Premièrement, les explorateurs avaient comme mission l’expansion du territoire et de la richesse des puissances européennes. Donc, ils étaient accompagnés par des soldats afin d’assujettir les peuples dits découverts. Deuxièmement, les explorateurs avaient pour mission de civiliser les peuples découverts. Le mot « civiliser » soulève des questions d’ordre épistémologique. Quand est-ce que quelqu’un est civilisé ? Qui définit épistémologiquement la civilisation ? Les indiens et les noirs, n’avaient-ils pas une civilisation ? Les européens n’avaient aucun problème avec ces questions qui font écho dans les travaux d’Aimé Césaire (Discours sur le Colonialisme), de Frantz Fanon (Peau Noir, Masque Blanc) et du docteur Jean Price Mars (Ainsi Parla l’Oncle) au 20 e siècle. Pour les Européens, « être civilisé » équivalait à « être christianisé ». Puisqu’ils croyaient être les seuls dignement christianisés, ils étaient aussi ceux qui définissaient la civilisation. Ils étaient en conséquence les détenteurs de la capacité de civiliser les peuples jugés non civilisés, y compris les habitants d’Hispaniola.
Dès l’arrivée de Colomb, les Indiens était obligés à choisir entre la Bible et l’épée. Leur style de vie, leurs croyances, leurs mythes, tous étaient anéantis au nom du Christianisme. Mais est-ce au nom de l’Evangile du Christ? Si et seulement si l’Evangile du Christ est synonyme de la civilisation européenne qui était sans nul doute synonyme du Christianisme. Donc, ce que les Européens ont forcé les aborigènes à accepter comme étant l’Evangile salvateur n’était autre que la civilisation européenne dissimulée sous les postulats bibliques. Leur façon de tout faire, leurs croyances, leurs mœurs, leur Dieu (ou dieu), tous étaient présentés comme des éléments indiscutables de la seule et bonne civilisation : la civilisation prétendument
fondée sur la parole de Dieu.
Les Indiens n’étaient pas les seuls à être forcés à se christianiser. Avec l’éradication quasi-totale des autochtones, nos ancêtres, les malheureux noirs de l’Afrique, kidnappés par les chrétiens civilisés de l’Europe et exilés loin de chez eux, étaient aussi à être civilisés. Il fallait les civiliser en les faisant passer sous les rouleaux axiologiques du christianisme déformé. Donc, eux aussi, ils avaient à choisir entre l’épée et la civilisation européenne ; entre leur propre culture déclarée non civilisée et la culture européenne enracinée dans des faux postulats bibliques. Nos ancêtres n’avaient pas le choix. Ils se faisaient christianisés comme avaient exigé le Code Noir de 1685 (Anne Greene. Catholicisme in Haïti). Mais, étaient-ils devenus des chrétiens ou des Européens? (Cela je ne saurais pas juger, mais c’est certain qu’ils étaient civilisés avec le christianisme tordu des kidnappeurs et des assassins.)




Les noirs, n’ayant aucune défense matérielle face  Européens, étaient obligés d’utiliser une défense cognitive. Ils prétendaient accepter la religion des blancs, alors qu’ils restaient dans leur for intérieur des pratiquants de leur religion ancestrale (Jeanty. Le Christianisme en Haïti. P. 13). Ce
syncrétisme religieux est encore évident dans le catholicisme haïtien. Mais, leur syncrétisme rusé n’a pas empêché que les noirs aient été christianisés-civilisés. Comme le principe général de la psychologie, bien énoncé et explicité par Gustavo Lebon(1910) dans son livre intitulé Psychologie de L’Education, postule, après quelques temps, nos actions répétées deviennent des habitudes enracinées dans notre subconscience. Toutes
les techniques, héréditaires ou non, apprises suivent un mouvement du conscient vers l’inconscient (pp.
168-183). Donc, les habitudes des Guinéens, des Dahoméens et des Congolais étaient perdues et celles des européens envahissaient la psychologie des esclaves et devenaient naturelles et héréditaires avec le temps.
La saga a continué avec la conquête spectaculaire de notre indépendance. On aurait pensé que, finalement, nous aurions trouvé les éléments de nos cultures africaines perdues, remplacées par la civilisation chrétienne. Mais hélas ! Nos leaders étaient convaincus eux aussi qu’ « être civilisé » équivaut à « être christianisé ». Bien qu’ils aient été libérés de l’esclavage physique, ils ont continué à patauger dans l’esclavage psychologique. Nos leaders ont embrassé la culture européenne comme étant un élément de l’Evangile salvateur de Dieu. Avec l’arrivée du Protestantisme en 1816, la culture des oppresseurs, dominateurs, kidnappeurs, des Hitler (comme Aimé Césaire préfère les nommer) a été renforcée comme étant la culture biblique (comme si la Bible a une culture particulière !), et la culture civilisatrice. Les Nord-Américains ont prêché la culture occidentale comme si l’haïtien n’a pas sa propre culture, comme si nos ancêtres venant de l’Afrique n’ont pas eu eux aussi une culture à travers laquelle la parole de Dieu pouvait se manifester. Mais à quelle fin était cette christianisation au nom de la civilisation ?
La mission des Européens du 15e siècle et celle des Nord-Américains du 20e siècle étaient de loin destinées à gagner des âmes pour le ciel. C’est la raison pour laquelle ils n’ont rien respecté en matière de principes d’évangélisation. Leur finalité dès le début fut le contrôle idéologique, psychologique et matérialiste de toute civilisation non-européenne. Et malheureuse, la parole de Dieu les a servi comme le meilleur outil pour atteindre cette dominance (Souvenez-vous de la fameuse parole de Karl Marx : « la religion c’est l’opium du peuple »). Mais, afin que cette religion présentée puisse devenir l’opium qu’avait besoin les colons (car l’essence de l’Evangile n’est pas d’assujettir mais plutot de libérer (Luc 4 :18)), il
faillait l’interpréter d’une manière qui justifierait leur dominance-ce qu’ils ont pu faire avec beaucoup d’ingéniosité et sans aucune scrupule. A titre d’exemple, les étrangers enseignaient toujours le respect aux autorités (même les colons sadiques!), mais jamais le devoir des maitres vis-à-vis de leurs esclaves tant prêché par l’Apôtre Paul. Ils enseignaient toujours Exode 14 : 14 mais jamais Genèse 1 : 27, 28. Les colonisés devraient se taire afin que Dieu puissent prendre leur défense ! Quelle supposition idéaliste ! Pourquoi ne pas les enseigner que Dieu les a demandés de dominer sur la création, leur environnement, et leur destiné? Cela n’aurait pas été dans l’avantage des «christianisateurs » !




Les supposés porteurs de la bonne nouvelle de Jésus Christ avaient peut-être oublié que l’évangélisation est un exercice bien particulier. L’évangélisation est en essence une invitation à une nouvelle vie. Dans cette définition courante, il y a deux concepts qui s’imposent. La première c’est
« invitation ». Pour gagner des âmes, l’inquisition (15e siècle) et la méthode d’évangélisation de l’empereur Charlemagne (9e  l’intimidation farouche et par des stratagèmes machiavéliques. Si toute fois on les contraint à devenir des chrétiens ou à être christianisés, ce serait exclusivement dans le but de les civiliser et les exploiter. Cela ne peut pas être et ne doit pas être confondu avec l’invitation affective faite aux âmes perdues dans le but de
les gagner pour le Christ. Deuxièmement, l’évangélisation interpelle les néophytes à une « nouvelle vie ».
La nouvelle vie ne signifie pas une nouvelle civilisation ni une nouvelle culture. C’est une nouvelle vie au sien de sa culture, ses croyances, ses mythes. La nouvelle vie à laquelle le néophyte est appelé est une vie qui saura effacer tous les éléments négatifs de sa vie antérieure pour les purifier et les sanctifier au nom de Jésus, mais jamais pour les remplacer par des éléments d’une autre civilisation ou culture. Cette citation de Jean Lyons, cité par Jules Casseus, résume l’idée d’une façon formidable : – « La mission de l’Eglise est de mettre en contact le sacré et le profane dans une relation telle que le premier ne soit pas contaminé mais communiqué et que le second ne soit pas altéré mais sanctifié » (Casseus. L’Eglise Aujourd’hui, Ici et
Maintenant. P. 41). Donc, les aspects de la culture jugés profanes à la lumière de l’Evangile doit être sanctifiés par le message sacré de l’Evangile, tout en conservant les éléments positifs de ladite culture.
Bien que, d’après Dr Charles Poisset Romain la population haïtienne comprend quatre-vingt-dix pour cent (90%) chrétiens, soit cinquante pour cent (50%) protestant et quarante pourcent (40%) catholique (Le Protestantisme dans la Société Haïtienne : 2004), il en résulte que ce sont juste des gens christianisés, au lieu d’être des âmes sauvées pour Christ. Ce sont des chrétiens nominaux et équivoques qui s’abstiennent des éléments culturels de la nation. Ce sont des chrétiens aliénés qui trouvent généralement que toutes choses ayant rapport avec l’Afrique est dégradantes et dérangeantes. Mais, généralement, ce ne sont pas des chrétiens qui aiment leurs prochains, car ils sont souvent égoïstes. Ce sont rarement des chrétiens qui
aiment travailler, à l’instar de Dieu lors de la création, car ils préfèrent quémander et jeuner. Ce ne sont pas des chrétiens qui ont une vie nouvelle, car ils sont christianisés mais pas encore atteints par l’Evangile. Ils n’ont pas l’Evangile que Christ a enseigné. De ce fait, notre peuple haïtien reste en attente de l’Evangile salvateur; mais, compte tenu de la ténacité des superpuissances à s’assurer de la permanence de leur idéologie dans le tiers-monde, qui osera évangéliser notre chère Haïti ?
Contact : fjeffney@hotmail.com/ (509) 44 88 8584

One thought on “Haïti : pays christianisé, mais non-évangélisé ! par Jeffney Ferdin

  • March 30, 2017 at 12:34 am
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    Excellent travail, Jeff! Vos points de vue sont vraiment missionaires. J’aurais souhaite que beaucoup plus de gens, chretiens d’abord, puissent mettre du temps pour lire et comprendre vos idees. Je suis tout a fait d’accord, avec les envahisseurs, il n’etait jamais question d’evangeliser. D’ailleurs l’histoire retient meme que C. Colomb et ses hommes avaient pour destination l’Inde, a la recherche d’epices.
    Le Christianisme n’etait pour eux qu’un outil de manipulation, un instriment comme, disaient-ils, de civilisation.
    Aujourd’hui, en tant que Chretiens nous avons pour devoir de presenter aux Haitiens la vrai Evangile de Jesus Christ. Il nous faut presenter Jesus comme ce qu’Il etait. Bien de gens en Haiti croit que Jesus etait un Westerner. Cette maniere de presenter le Fils de l’Homme est contraire au Jesus de la Bible, le Juif ne a Palestine qui s’est mis a cotes des pauvres, des marginalises, de ceux-la qui etaient rejetes par la societe, etc. Nous devons presenter Jesus tel qu’Il est presente dans la Bible. Aussi longtemps que les gens sont baffoues par ces images d’un Jesus qui se ressemble beaucoup plus aux oppresseurs qu’aux oppresses et marginalises, il sera difficile de porter l’homme Haitien a accepter l’Evangile de Jesus du fond du coeur. Ce n’est pas pas hasard que le synchretisme est aussi repandu en Haiti; cela resulte dans la volonte et le desir de l’Haitien de creer un Christianisme qui lui ressemble et avec lequel il peut s’identifier.

    Encore Chapeau, Jeffney! Le ministere chretien en Haiti peut esperer beaucoup de toi, mon frere. Dieu te garde.

    ~ Jocelyn

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