Le prix de la virginité dans le Nord’Ouest: une pratique archaïque, dévalorisante et para-juridique

Certains parents arrivent à exiger des milliers de gourdes ou de dollars pour leur fille “dépucelée” soit par un adulte soit par un adolescent de la même tranche d`âge. Dans la majorité des communes du Nord’Ouest, payer la virginité d’une fillette reste et demeure en 2017 une bonne source de revenus pour certains parents. Mais elle est aujourd’hui par contre une pratique archaïque, dévalorisante et para-juridique.
Elle est archaïque pour avoir été pratiquée dans le temps et est aujourd’hui dépassée partout ailleurs surtout en milieu urbain. Elle a été généralement utilisée dans le temps comme une sorte de dédommagement à la fillette et à sa famille. Elle a été considérée comme une richesse, comme un honneur pour son futur mari. En cas d’absence, elle pouvait conduire à la séparation le soir même du mariage et les parents du marié pouvaient exiger le remboursement des dépenses d’un côté. Une fille non vierge pourrait ne pas trouver un mari, de l’autre côté. La virginité de la fille était donc précieusement gardée. Celui qui l’a enlevé devait donc, soit se marier avec elle, soit la dédommager pour avoir pris sa richesse. Mais aujourd’hui, les hommes accordent peu d’importance à ce fil vaginal, enlevé dès la naissance dans certains pays. Cette pratique est donc archaïque dans le Nord’Ouest du pays.
Certains jeunes garçons voient les jeunes filles comme des banques où leurs propriétaires peuvent y puiser de quoi survivre. Payer la virginité d’une fille est de ce fait doublement dévalorisante aujourd’hui. Non seulement, tous les membres de la société gardent en mémoire que leurs parents avaient extorqué de l’argent d’un homme pour sa virginité mais aussi l’histoire montre et prouve que toutes ces jeunes filles tombent dans de mauvaises pratiques par rapport au nombre d’hommes connus. Soutirer de l’argent pour la virginité féminine est réduire sa jolie fille intelligente et plein d’avenir à ce petit triangle poilu entre les jambes.
Qui pis est, des tribunaux se complaisent à prendre des décisions condamnant des hommes à verser des milliers de dollars ou de gourdes aux parents des jeunes filles supposées victimes. Ces décisions sont para-juridiques et n`ont rien à voir avec le droit nonobstant agressions sexuelles.
Le code pénal est clair en la matière en ses articles 278 et suivants. En ce qui a trait au sexe, la loi condamne le viol surtout le viol sur mineur, l’agression et le harcèlement sexuels. Tout homme ou femme qui a eu des rapports sexuels avec quelqu’un sans son consentement par quelque moyen que ce soit commet un viol. Et la loi continue à préciser qu’un enfant n’a pas de consentement. Ce qui implique que tout rapport sexuel avec un ou une mineure est un acte de viol et passible des sanctions pénale et civile. Elles peuvent aller d’une peine afflictive et infamante aux dommages et intérêts. Ici, tout est normal.
Mais tout versement fait aux parents d’une jeune fille agée de 18 ans révolu et plus dont sa virginité a été volontairement enlevée pendant un plaisir sexuel consenti est un vol organisé par le tribunal et les parents. La virginité n’a aucun prix et est gratuit après 18 ans. Le pire, certains parents-vicieux exigeaient de l’argent en réfusant le mariage proposé par le parent du supposé jeune homme.
Dans de pareils cas, le tribunal doit déclarer que ces cas ne relèvent pas de la justice ni de ses compétences quand la jeune fille est âgée de 18 ans et plus; les renvoyer à se conformer ailleurs. Cette pratique archaïque est donc honteuse, dévalorisante et para-juridique. Nos jeunes filles de 18 ans et plus et ne sont pas des sources de revenu de parents vicieux et avares mais des modèles qui peuvent réussir leur vie en restant à l’école, en apprenant une profession sans extorquer de l’argent grâce à leur virginité nonobstant entre partenaires bien sûr.
Il est temps que la valeur de nos jeunes filles ne soient plus entre leurs jambes mais dans leur tête.
Endy Frédéric,
Un nom, un statut
Île de la Tortue, Haïti,
24/04/2017

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Me Frédéric, Av.
Barreau de P-au-P.
Tél: 37384390/4896 3232
mail: endyfdse08@gmail.com

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